Epistémè n°1 - Le cadre
Technique mixte sur toile
Artiste : Charles Wery
Œuvre inédite, signée
Date de création : 2026
Epistémè n°1 – Le cadre
Dimension : 55X75cm
Valeur : demande de devis à adresser à info@comabstract.be

Quelques mots…
Charles Wery entame une nouvelle collection intitulée « épistémè ».
Il commence par la base : le cadre.
Du regard à la théorie, le cadre est partout. Il est à la fois limite et condition du voir et du savoir, un opérateur de découverte mais aussi d’ignorance.
Et même si de nombreux peintres ont tenté de l’effacer, d’en changer le statut, de faire en sorte qu’il ne soit plus fenêtre mais entité pleinement ancrée dans le réel, le cadre a résisté… Il n’a peut-être plus été frontière, garant de sens, matériellement présent mais il réapparaissait sans cesse, nul regard, nul esprit ne pouvait y échapper.
Le réel ne s’offre pas à nous béatement, il ne nous est pas présenté comme une généreuse offrande. Le réel nous est toujours inaccessible car re-présenté comme une image avec le cadre (concret ou théorique) qui la rend visible et intelligible. Notre connaissance du réel fonctionne en somme sur le principe de l’image et de son cadre, qu’il soit matériel ou théorique. Mais on le sait ou on le pressent, le réel ne peut que déborder du cadre. Le cadre inclut et exclut par sa simple présence. Evidement ce qui est inclus peut nous faire deviner de choses exclues… mais en-dehors du cadre, il reste toujours hasardeux d’affirmer avec force lesdites choses.
Cette première toile « Le Cadre » nous fait penser à la phénoménologie de J.L. Marion. L’image y apparaît comme un phénomène saturé que le cadre habituel ne peut cerner. L’image déborde, l’image est excès, l’image, au même titre que le réel qu’elle désigne, devient elle-même insaisissable, elle excède son propre cadre interprétatif.
Dans son analyse des épistémès, M. Foucault montre que toute époque définit des conditions de visibilité. Certaines choses peuvent apparaître. D’autres demeurent invisibles. Le cadre devient alors une métaphore du dispositif de pensée communément admis dans un espace-temps donné.
En somme, penser le rapport entre le cadre et l’image revient à interroger l’une des structures les plus fondamentales de la connaissance. Bien avant d’être une question esthétique, il s’agit d’une question ontologique, épistémologique et politique : comment quelque chose apparaît-il ? À quelles conditions un phénomène devient-il visible, pensable, dicible ? Qu’est-ce qui détermine la frontière entre ce qui entre dans le champ du sens et ce qui en demeure exclu ?
Le cadre n’est pas seulement ce qui entoure l’image. Il constitue la condition même de son apparition. Sans cadre, il n’y aurait pas d’image ; il n’y aurait qu’une continuité indifférenciée du réel. Le cadre opère une coupure. Il extrait un fragment de l’infinité du monde pour le constituer comme objet de perception.
Toute connaissance commence ainsi par un acte de découpage.
Connaître, c’est toujours cadrer.
Toute science, toute philosophie, toute institution repose sur cette opération originaire qui consiste à distinguer un dedans et un dehors, un pertinent et un non pertinent, un visible et un invisible.
L’épistémè du cadre est donc l’épistémè de la sélection, aussi fragile soit-elle. Car la sélection n’est jamais neutre. Chaque cadre produit sa propre vérité.
Comment se défaire de ce conditionnement ? Comment aller vers un voir ou un savoir plus libre et libéré ? Une seule solution : se crever les yeux.


